Overblog Tous les blogs Top blogs Automobiles & Véhicules
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
GLM C-TP-T- (Camions-TP-Train)

Où il est question de vieux véhicules utilitaires et de rouille !

Machines extraordinaires : Les Pariser Kanonen, quand la "grosse Bertha" tonnait à Paris

Publié le 11 Novembre 2018 par GLM in Histoire, Militaire

Un "canon de Paris", improprement appelé Grosse Bertha.

Un "canon de Paris", improprement appelé Grosse Bertha.

Publicité

Stupeur à Paris !

Le 23 mars 1918 des explosions retentissent de loin en loin dans l’agglomération parisienne et les communes environnantes. A la fin de la journée, on pleure 15 morts et 23 blessés luttent pour leur vie. 21 tirs ont touché Paris, et 1 Châtillon. Une question tourmente les habitants. D'où viennent ces explosions ? Aucun avion n'a été aperçu, ce qui peut s'expliquer par le temps nuageux, mais un aéronef fait du bruit, personne n'a rien entendu. Alors, certains évoquent une arme secrète allemande, un avion inconnu et silencieux. L'idée d'un canon semble inconcevable, le front est distant d'au moins 120 km ! Les rumeurs les plus improbables circulent. Ainsi, certains prétendent que les tirs proviennent d'un canon pneumatique installé dans la capitale même !

Il s'agit en réalité d'une pièce d'artillerie révolutionnaire avec une portée inconnue à l'époque. Dès 1914, les allemands ont étudié un canon à longue portée avec lequel ils espéraient bombarder l'Angleterre, en tirant par dessus la Manche.

En fait, ce sont deux pièces que les allemands ont installé à Crepy en Laonnois, dans l'Aisne, 16 km derrière la ligne du front. Elles sont distantes de 900 m l'une de l'autre. Ces pièces tirent en même temps que d'autres canons plus modestes. Le but est d'empêcher que les canons ne soient découverts par les Sections de Repérage par le Son (SRS) françaises. Pourtant, dès le 24 mars, des tirs de contre batterie sont effectués et six ou sept artilleurs du premier canon sont blessés.

Le 29 mars 1918 à 16h27, un obus tombe sur un pilier de l'église St Gervais dont la voûte s'écroule lors de la messe du vendredi saint. On dénombrera 91 morts et 68 blessés. Le tragique se mêle au comique. Ce jour, l'actrice Charlotte Lysès avait prétexté une visite à l'église pour s'absenter et retrouver son amant. Elle sera bien obligé d'avouer son mensonge à Sacha Guitry avec qui elle était mariée !

Informés sur le fait qu'il s'agit d'une pièce d'artillerie, les parisiens la nomme improprement "Grosse Bertha", du nom de Bertha Krupp, fille du constructeur. En réalité, ce vocable désigne chez les allemands un canon de 42 cm conçu pour détruire les fortifications.

Le 3 mai, les tirs s’arrêtent. Un obus a explosé dans le fût d'une pièce et on vérifie la seconde.

Une vue d'artiste du canon qui bombarda Paris.

Une vue d'artiste du canon qui bombarda Paris.

Les caractéristiques

Ces pièces ont un fût si long que celui-ci doit être haubané pour ne pas se déformer. La trajectoire de l'obus explique sa portée : atteignant une très haute altitude, il rencontre une faible résistance de l'air, grâce à l'élévation de 50 degrés. A l'apogée de sa trajectoire, l'obus se situe à 42 km d'altitude ! Le calibre réduit (210 mm) et la grande longueur du tube (30 m) permettent une vitesse initiale très élevée. Les fûts des deux pièces sont construits à partir de neuf tubes de 350 mm destiné à un navire dont la construction avait été abandonnée : le Erzatz Freya.

L'usure est alors si forte, que le tube doit être remplacé après 65 coups. Il doit ensuite être rectifié à l'usine Krupp. En raison de l'érosion progressive du fût, les obus ont tous un diamètre spécifique et sont tirés dans un ordre précis. Ils sont numérotés de 1 à 65. Le numéro 1 a un diamètre de 210 mm, le soixante cinquième de 235 mm. La charge propulsive croît également, de 180 à 200 kg. Sept tubes seront utilisés. La masse totale avoisine de 750 tonnes. Les calculs des tirs sont assurés par des mathématiciens. La rotation de la Terre doit être prise en compte dans les calculs.

Publicité
La véritable Grosse Bertha : un obusier de 42 cm.

La véritable Grosse Bertha : un obusier de 42 cm.

Les autres campagnes de tirs

Les tirs reprennent durant la période du 27 mai au 11 juin, puis du 16 au 17 juillet. Une offensive alliée y met fin provisoirement. Soucieux de protéger le secret de leur armes, les allemands démontent les pièces et les évacuent promptement.

Une dernière campagne depuis Beaumont en Beine prend fin le 9 août. La voix des canons de Paris se tait définitivement. Rapatriés en Allemagne, les pièces sont fondus dans les usines Krupp à Essen après la signature d'un armistice tant attendu. La documentation est brûlée afin que la technologie ne tombe pas aux mains de l'enemi.

Une pièce en cours de montage par un portique gigantesque.

Une pièce en cours de montage par un portique gigantesque.

Epilogue

Bien que le bilan soit lourd, 367 obus tirés pour 256 tués, 520 blessés, c'est finalement assez peu en regard des moyens énormes mis en place pour effectuer ces tirs et protéger le secret. Les allemands avaient notamment créé une fausse voie ferrée, pour leurrer l'ennemi.  L'arme, en dépit d'une réussite technique indéniable, n'a pas permis de miner le moral des français comme espéré. Le développement des missiles mis un terme à l'histoire des canons à très longue portée. Il reste aujourd'hui bien peu de choses de ces "Bertha". Seule subsiste la maçonnerie qui soutenait les affuts. Bien des détails de l'histoire de ces canons demeurent obscurs et ils resteront à jamais nimbés de mystère.

Publicité
Une cariature de la Grosse Bertha qui restera dans les "anales".

Une cariature de la Grosse Bertha qui restera dans les "anales".

Publicité
Commenter cet article
Publicité