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GLM C-TP-T- (Camions-TP-Train)

Où il est question de vieux véhicules utilitaires et de rouille !

Récit-néma : Grandes gueules et longs museaux

Publié le 5 Octobre 2024 par GLM in Camion, Histoire

Le Berliet du Plouc (Marec). Il ne s'agit pas de l'original, mais d'une (jolie) copie.

Le Berliet du Plouc (Marec). Il ne s'agit pas de l'original, mais d'une (jolie) copie.

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Prolégomènes

En 1962, Claude Veillot publie son roman "Nous n'irons pas au Nigeria". Deux ans plus tard, Henri Verneuil décide de l'adapter au cinéma sous le nom de "100 000 dollars au soleil", sans doute un titre plus accrocheur. C'est un "road movie" qui se déroule dans le désert marocain. Il met en scène différents Berliet. Il connaitra un succès important (plus de 3 millions d'entrées en France), en raison notamment de la distribution (Belmondo, Ventura, Blier) et des dialogues savoureux de Michel Audiard. 

Synopsis :

Blima, Maroc : un homme au passé douteux, nommé Steiner (Reginald Kernan) est embauché par Castagliano (Gert Froebe) pour conduire un Berliet TLM transportant du ciment vers Moussorah. Par ruse, Rocco (Jean-Paul Belmondo), un autre chauffeur subtilise le camion et part en compagnie d'une femme nommée Pepa (Andréa Parisy). On apprend alors que la semi remorque transporte une mystérieuse cargaison d'une valeur de 100 000 dollars. 

Lorsqu'il constate le vol, Castagliano confie à Marec dit Le Plouc (Lino Ventura), un chauffeur expérimenté, le soin de rattraper Rocco et de ramener la cargaison. Steiner se joint à lui. La course poursuite s'engage entre le TLM de Rocco et la Gazelle du Plouc. Tous les coups sont bons pour ralentir l'autre : du mensonge au coup de frein pernicieux. Le duel sera arbitré par Mitch Mitch (Bernard Blier), au volant de son Berliet TBO 6x4 turbo tractant une semi-remorque à quatre citernes. Un histoire d'ego et d'amitié virile où les femmes ne sont que des faire valoir. 

Une copie de l'objet du désir : le TLM convoyant une cargaison de 100 000 dollars !

Une copie de l'objet du désir : le TLM convoyant une cargaison de 100 000 dollars !

Les camions.

Dans le film les trois véhicules principaux sont :

-Un Berliet GBC8 "Gazelle" à moteur Magic de 135 ch.

-Un Berliet TLM M2 de 180 ch flambant neuf, attelé à une semi remorque à un essieu, peut être une "Fiche 75" ?

-Un Berliet TBO turbo 6x4 de 300 ch tractant une semi remorque à quatre citerne. Contrairement à ce qu'on lit souvent, ce tracteur n'est pas un modèle hors code (en largeur). 

Les véhicules ont été fournis par Berliet. Il y a bien des choses à dire quant à leurs couleurs. Des photographies d'époque témoignent que le TLM est vert foncé, le GBC8 "Gazelle" rouge et le TBO bleu. Cependant, comme le film est en noir et blanc, ce n'est pas visible à l'écran. Etrangement, dans les dialogues, le TLM est décrit comme rouge. Ainsi, interrogeant un collègue, Marec dit "comment ça, t'as pas croisé un semi remorque rouge, un Berliet ?" De fait, lorsque le film sera colorisé, bien des années plus tard, on choisira de représenter le TLM en rouge pour correspondre aux dires des acteurs.

Afin de distinguer les camions, le GBC8 est colorisé en vert. Ainsi, le TLM et la Gazelle ont interverti leurs couleurs dans la version colorisée du film ! Seul le TBO conserve sa livrée d'origine.

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La décoration n'est pas achevée, la remorque ne porte la la mention Castagliano.

La décoration n'est pas achevée, la remorque ne porte la la mention Castagliano.

Où il est question de doublures.

Selon le site du Conservatoire Berliet un second GBC8 aurait été prêté par l'armée, car les scènes dans le garage Castagliano ont été tournées en région parisienne et non au Maghreb. Il s'agissait d'éviter de transporter les camions de France au Maroc. Une question se pose : Le TLM apparaissant également dans ces scènes a-t-il aussi eut une doublure ? Il est évident que oui.

Une observation attentive permet de constater des différences entre le tracteur vu dans l'entreprise Castagliano et celui qui roule au Maroc. Le premier a des phares antibrouillards, pas le second. De plus les couleurs semblent différer, bien qu'il soit difficile d'être catégorique, puisque le film est en noir et blanc. Le premier TLM a une cabine qui semble plus claire, elle n'est pas de la même teinte que sa semi-remorque. De plus, les roues du tracteurs tout comme le parechoc sont plus sombres que la cabine. En revanche le second camion a des roues plus claires et une cabine sombre, de la même couleur que le parechoc et la semi-remorque. Enfin, le TLM "marocain" n'a pas de rétroviseur du côté passager. Son unique rétroviseur est argenté, ceux du premier camion noirs.

Deux images du film. En haut le TLM "parisien". En bas, le "marocain"

Deux images du film. En haut le TLM "parisien". En bas, le "marocain"

Observons également que les immatriculations sont différentes. Le TLM vu dans les emprises de l'entreprise Castagliano est estampillé "05 14 Blima" suivi d'une inscription en arabe. Le second camion ne porte pas le nom de Blima. De plus, les polices des chiffres ne sont pas tout à fait identiques et un tiret sépare le "05" et le "14".

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Comparaison des immatriculations. Sur ce cliché, le TLM "marocain" semble plus clair, cependant, on distingue bien la différence de couleur des parechocs.

Comparaison des immatriculations. Sur ce cliché, le TLM "marocain" semble plus clair, cependant, on distingue bien la différence de couleur des parechocs.

On peut alors formuler une hypothèse. Et si la mention d'un "Berliet rouge" dans les dialogues était liée au fait que le TLM filmé en région parisienne était bien rouge et non vert ? La chose n'est pas démontrée, mais elle reste possible. Si le camion fourni était d'une autre teinte, l'équipe technique a pu jugé inutile de le repeindre, sachant que le film serait tourné en noir et blanc. 

Avec sa livrée bleue, son treuil et sa cabine tropique, ce TBO ferait un bon candidat pour représenter le Berliet de Mitch Mitch, mais il dispose d'un parechoc à deux phares au lieu de quatre.

Avec sa livrée bleue, son treuil et sa cabine tropique, ce TBO ferait un bon candidat pour représenter le Berliet de Mitch Mitch, mais il dispose d'un parechoc à deux phares au lieu de quatre.

Quelques anecdotes :

-C'est Verneuil qui tenait à ce que chaque personnage dispose d'un camion différent. Voilà ce qu'en dit Claude Pinoteau, l'un des assistants réalisateurs : « Je suis allé chez Berliet au 160 bd de Verdun à Courbevoie. Aidé de tous les catalogues, j’ai proposé une sélection de camions à Henri Verneuil qui voulait des modèles très différents les uns des autres. C’est Verneuil qui a affecté chaque type de camion à chaque acteur. Berliet a réalisé tout spécialement une face avant accidentée que nous pouvions monter sur la Gazelle lors du tournage des scènes postérieures à l’accident. Il y avait deux mécanos pour ce genre de choses. Berliet nous a beaucoup aidé pour cela. »

-Lorsque le GBC8 est accidenté, il s'agit donc d'un maquillage. Le camion a été grimé avec des pièces tordues puis fut remis dans son état d'origine à l'issue du tournage.

-Que contient le Berliet de Rocco ? L'histoire ne le dit pas, comme dans Pulp Fiction avec la mystérieuse valisette, le réalisateur préfère laisser planer le doute. Pour autant, une scène montre que la cargaison est composée de lourdes caisses en bois, de forme allongée. Vue l'instabilité politique de nombre de pays d'Afrique à l'époque, on pense bien sûr à un trafic d'armes. Les énigmatiques caisses pourraient bien contenir des mitraillettes, des fusils. D'ailleurs, Steiner dit "bon dieu que c'est lourd, ça doit être des armes !" Ce à quoi le Plouc répond "y a plein de choses lourdes."

Les fabricants de miniatures ont profité de l'engouement pour le film de Verneuil.

Les fabricants de miniatures ont profité de l'engouement pour le film de Verneuil.

-Le tournage de la poursuite en montagne ne fut pas de tout repos. Il fallu insister pour que Belmondo accepte d'être doublé par un conducteur expérimenté, tandis que Reginald Kernan refusait d'être passager du camion en bord de précipice car il était "acteur et pas cascadeur", c'est donc Claude Pinoteau, affublé d'une perruque qui prit sa place.

-Il existe au moins deux copies du TLM et du GBC8. Le TBO a été aussi reproduit, mais pas avec sa semi remorque semble-t-il. De nombreuses miniatures rendent aussi hommage au film de Verneuil. Les spectateurs qui ont découvert le film dans sa version colorisé peuvent être surpris en voyant ces répliques. 

-Selon Pinoteau, Lino Ventura regretta son Berliet qu'il "a eut bien du mal à quitter" à l'issue du tournage.

Quelques camions visibles dans le long métrage. Berliet s'y arroge la part du lion. De bas en haut : un Berliet GLR8M, un Berliet Ayachi (modèle produit par Berliet Maroc avec un capot simplifié qui inspirera celui du GLR M2) et un GMC HC.

Quelques camions visibles dans le long métrage. Berliet s'y arroge la part du lion. De bas en haut : un Berliet GLR8M, un Berliet Ayachi (modèle produit par Berliet Maroc avec un capot simplifié qui inspirera celui du GLR M2) et un GMC HC.

Conclusion

Après le tournage, le GBC8 a été restitué à Berliet et appartient aujourd'hui à la fondation du même nom. Il a été exposé à Epoch'Auto. Que sont devenus le TLM et le TBO ?

Peu de films en France ont mis en vedette les camions, à ce titre 100 000 dollars au soleil est incontournable.

Diverses affiches d'époque

Diverses affiches d'époque

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