Un antique wagon couvert à guérite, érigé en monument aux transbordeuses. C'est de la sorte que l'on nomme ces femmes qui tranféraient les marchandises d'un wagon à l'autre à la frontière. L'écartement des voies ferrées espagnoles (1668 mm) diffère de celui du reste de l'Europe (1435 mm). Dès lors, le passage d'un pays à l'autre impose le transbordement, coûteuse manutention ! Le recours à une main d'oeuvre féminine s'explique par le fait qu'on les pensait plus délicates (stéréotype de genre !) pour cette tâche.
« Sur des voies parallèles, les wagons espagnols sont placés parallèlement à des wagons français. Un pont en bois relie les portières des deux wagons. Une équipe de transbordeuses monte sur ce pont. L'équipe se compose de cinq femmes : trois d'entre elles remplissent les couffes d'oranges dans le wagon espagnol ; la quatrième les transporte à proximité du wagon français ; la cinquième, « la videuse » vide les couffes dans ce wagon et aménage la paille et le papier protecteurs, pour que la marchandise arrive en bon état. La douane plombe le wagon et les pommes d'or reprennent leur voyage. »
Albert Thomas, l'Humanité, 1907.
Les transbordeuses connaitront la postérité par leur grève de 1906, l'une des premières en France, conduite par des femmes avec, au final, 25 centimes d'augmentation. C'est durant les années 60 que s'éteindra cette activité.
Restauré dans les années 2010, le wagon, d'origine espagnole, a perdu ses tampons, mais laisse le témoignage de ce que furent les chemins de fer du début du XXè. Qu'elle devait être peu confortable la place du préposé au frein !
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