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GLM C-TP-T- (Camions-TP-Train)

Où il est question de vieux véhicules utilitaires et de rouille !

Machines extraordinaires : Marion 6360 "Le Capitaine"

Publié le 10 Mai 2019 par GLM in TP, Histoire

Le Capitaine : 12 700 tonnes de muscles

Le Capitaine : 12 700 tonnes de muscles

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La genèse


1965 : la Southwestern Illinois Coal Corporation, entreprise spécialisée dans l'exploitation de mines de charbon achète pour 25 millions de dollars une machine gigantesque et unique : la Marion 6360. L'engin, une pelle à câbles, est mise en service dans la mine "Capitaine", près de Cutler, dans l’Illinois. Thomas C. Mullins, surnommé Le Capitaine, était un pionnier de l'extraction minière au début du siècle. C'est en son honneur que la machine et la mine ont été nommés ainsi par son fils Bill Mullins, qui réside alors la Southwestern. Le montage dure 18 mois et 150 000 heures. Le rôle  de la 6360 est de dégager les stériles sans valeur marchande qui recouvrent les couches de minerai. Elle enlève la terre qu'elle utilise ensuite pour reboucher la tranchée dans laquelle elle évolue. Il s'agit de la plus grande pelle du monde et seules quelques draglines ou machines à roue-godets sont plus massifs qu'elle.

 

Le Capitaine dans sa livrée rouge originelle, avant le rachat par Arch Mineral

Le Capitaine dans sa livrée rouge originelle, avant le rachat par Arch Mineral

Des caractéristiques en superlatifs

 

Décrire une telle pelle revient à énumérer une litanie de superlatifs, bien que certains chiffres diffèrent selon les sources. La machine tare 12 700 tonnes, près du double de la Silver Spade, déjà évoquée en ces pages. Son godet, profond de 7,5 mètres et d'une masse de 165 tonnes arrache 138 m3 de terre, soit 272 tonnes, de quoi remplir 8 Caterpillar 769 ! On imagine la force nécessaire pour extraire une telle masse du sol ! 

 

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La 6360 dans sa seconde livrée

La 6360 dans sa seconde livrée

La puissance totale des huit moteurs électriques de levage atteint 16 000 ch. Les huit moteurs de rotation fournissent 10 000 ch, les quatre moteurs de cavage pour la flèche 4 000 ch et les seize moteurs de propulsion 3 600 ch. La centrale électrique qui alimente la pelle en courant de 14 000 volts pourrait desservir une ville de 30 000 habitants. La flèche mesure 64 mètres. Un train de chenille atteint 14 mètres de long, 3 mètres de largeur et 4,9 mètres de hauteur. Une seule des 42 tuiles de chaque chenille pèse un peu plus 3 tonnes. La Marion repose sur 8 chenilles. L'opérateur dispose d'un téléphone qui permet de joindre neuf postes répartis dans la machine.

Les entrailles de la bête avec les treuils de levage

Les entrailles de la bête avec les treuils de levage

En service

 

Le Capitaine a œuvré durant 26 ans, déplaçant 618 millions de m3 de terre ! C'est semble-t-il le record mondial, Big Muskie se limitant à 465 millions. Sa conception, au niveau de l'alimentation électrique, lui permet de se déplacer dans les deux sens aisément. La garde au sol de 4,9 mètres autorise la circulation d'engins sous elle, ce qui facilite grandement le travail et la sécurité, les engins de servitude évitant ainsi, de passer sous le godet du colosse. Le travail s'effectue en trois postes. Durant chacun d'entre eux, quatre employés travaillent : un opérateur, un soudeur, un graisseur et un préposé au sol qui s'occupe du câble d'alimentation et récupère les roches tombées au sol avec un chargeur sur pneu. En 1969, l'entreprise Southwestern est rachetée par Arch Mineral, qui fait repeindre la machine, rouge à l'origine dans une livrée à base de bleu et de gris.

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La machine évolue sur un plancher en bois pour répartir son poids et éviter l'enlisement.

La machine évolue sur un plancher en bois pour répartir son poids et éviter l'enlisement.

La mort du Capitaine

 

Nous sommes le 9 septembre 1991, lors du troisième poste de la journée (de 16 heure à minuit). Vers 19 heure, Gene Miller, l'opérateur sent une odeur de brûlé. Il arrête la machine pour en comprendre la raison, aidé en cela de Fred Kruger, le graisseur. Miller relate : "Ce genre d'odeur pourrait provenir d'une variété de sources Cela aurait pu être un sabot de frein, un roulement d’arbre surchauffé ou un défaut électrique, pour n'en nommer que quelques-uns. Nous avons donc d'abord vérifié la tourelle, puis nous avons remarqué de la fumée qui émanait des soubassements. En enquêtant, nous avons découvert que de l'huile hydraulique avait pris feu dans cette région. Fred Kruger, le soudeur Gary Andrews, et moi avons immédiatement commencé à combattre l'incendie avec des extincteurs à poudre de 10 kg. Il y avait plusieurs dizaines d'extincteurs de ce type répartis dans toute la machine. Nous avons commencé à les utiliser aussi vite que possible, mais le feu a continué à augmenter rapidement et nous étions à court d'extincteurs dans cette zone. À ce moment-là, nous avons réalisé que nous avions besoin d'aide et j'ai signalé l'incendie au bureau de la mine. Pendant ce temps, Gary a pris l'ascenseur jusqu'au toit pour récupérer d'autres extincteurs."
 

La fatidique nuit du 9 septembre 1991 : à l'eau les pompiers ?

La fatidique nuit du 9 septembre 1991 : à l'eau les pompiers ?

La mine possède deux camions de pompiers qui sont dépêchés sur les lieux. Mais leurs extincteurs de 100 kg s'avèrent peu efficients car le feu se situe à trente mètres du sol. Les pompiers du district de Cutler sont appelés en renfort à 21 h 44. D'autres brigades, notamment celle de Percy, Campbell, Coulterville et Sparta sont également intervenues.

Le soudeur Gary Andrews raconte à son tour : " J’ai fait trois allers-retours dans l’ascenseur jusqu’au toit pour amener des extincteurs. Au moment où je montais pour la troisième fois, une fumée âcre remplissait la tourelle. C'était épais et noir et vous ne pouviez rien voir. De plus, la fumée commençait à monter dans la cage d'ascenseur, si épaisse que je ne pouvais pas descendre. À ce moment-là, les autres membres de l'équipage étaient descendus au sol par les échelles. Je faisais tout ce que je pouvais pour sauver la machine. J'ai attendu quelques instants sur le toit pour voir si la grue tous terrains avec nacelle qui était arrivée sur les lieux pouvait m'atteindre. Mais ce n’est pas le cas, et le toit est devenu si chaud que j’ai dû grimper au sommet du portique.

La machine dans sa tranchée, du temps de sa splendeur

La machine dans sa tranchée, du temps de sa splendeur

Sauvons Andrews !

 

La situation ne facilite pas l'intervention des soldats du feu. On cherche avant tout à mettre hors de danger le soudeur. On craint qu'il soit intoxiqué par les fumées, qu'il chute ou soit atteint par les flammes qui gagnent peu à peu le haut de la tourelle.

Miller poursuit : " À présent, il faisait complètement noir et le soudeur sur le toit était pris au piège. Le système électrique était tombé en panne, et heureusement pour lui, cela ne s'était pas passé lorsqu'il était dans l'ascenseur électrique ! Et il ne pouvait pas accéder aux échelles de la tourelle ni entrer à l'intérieur, à cause de l'intensité de la fumée et de la chaleur. Il se trouvait dans une situation dangereuse car il y avait beaucoup de produits pétroliers combustibles à bord de la machine. "

Le système hydraulique contient environ 3000 litres. Un réservoir de gasoil, un autre de solvant et un dernier de graisse, menacent de brûler à leur tour. Ces trois citernes représentent 11 000 litres de produits.

Peu après l'arrivée des pompiers, la confusion est grande. Les mineurs donnent des informations contradictoires et dans la nuit un contremaître  renverse son véhicule, heureusement sans être blessé.

Le Capitaine, déjà bien décati, et une machine à roue-godets, la Bucyrus-Erie 5872-WX

Le Capitaine, déjà bien décati, et une machine à roue-godets, la Bucyrus-Erie 5872-WX

On tente d'arroser le métal pour le refroidir et d'atteindre Andrews avec l'échelle, mais elle est trop courte. Bennet, le chef des pompiers, relate : " L’incendie s’est déclaré tout autour du cadre inférieur, à une trentaine de mètres du sol. Le feu ressemblait à un très grand brûleur à gaz avec la plus grande marmite jamais vue. "

Miller déclare : " J'ai pu convaincre Gary de mettre un harnais de sécurité et de l'attacher à l'un des câbles de suspension de deux pouces, qui vont du sommet du portique au sommet de la flèche. C'est ce qu'il a fait, puis s'est prudemment dirigé vers le sommet en marchant sur l'un des autres câbles. Bien sûr, il a dû dégager temporairement le harnais en négociant chacun des blocs stabilisateurs séparant les paires de câbles. Une fois au sommet de la rampe, quelque 21 étages vers le ciel, il a été capable de descendre les marches de la rampe jusqu’à ce qu’il puisse être atteint par la nacelle. Il a ensuite été emmené en sécurité. "

Le soudeur enfin sauvé, la lutte contre le feu peut prendre toute sa mesure. Mais la taille de l'engin et la localisation du feu ne facilitent pas l'action des pompiers. Miller se souvient : « Je suis resté environ trois heures après la fin de mon quart à minuit. Le feu était presque éteint à 2 heures du matin, mais la chaleur a fondu les joints d'étanchéité des carters d'engrenages, libérant l'huile qui a ramené le feu à la vie. Il a brûlé pendant encore trois heures et est finalement éteint vers 5 heures du matin. »

Une image qui montre l'articulation du bras

Une image qui montre l'articulation du bras

Au petit matin, Miller entreprend une inspection  des dégâts : " En regardant la 6360 de loin, il était difficile d'imaginer les horreurs et l'intensité de l'incendie de la nuit précédente. À l'exception de quelques zones noircies au bas de la tourelle et de quelques panneaux d'acier inférieurs manquants, la machine paraissait normale. Les soubassements étaient définitivement carbonisés et noircis, mais en montant dans la salle des machines et dans la cabine, tout est apparu. préservé, sauf pour les résidus de fumée. "

Un projet de restauration est lancé. Il s'agit d'abord d'évaluer les dégâts. Mais en premier lieu, il convient de remplacer le Capitaine qui travaillait dans la même tranchée que le Bucyrus-Erie 5872-WX, la plus grande excavatrice à godets au monde. Sans le Capitaine, le travail viendrait vite à manquer. Par chance, la compagnie possède aussi la pelle Marion 5900. Plus petite, avec un godet de seulement 80 m3, elle fera néanmoins l'affaire. Miller a alors la charge de redémarrer celle-ci et de l'acheminer dans la fosse du Capitaine.

Les stigmates de l'encendie sont ici bien visibles

Les stigmates de l'encendie sont ici bien visibles

Pendant ce temps, l'évaluation progresse et laisse apparaître des dégâts bien plus importants que prévu. La structure même de la machine est affaiblie et une grosse fissure est repérée dans le cadre pivotant, apparue sans doute en raison des jets d'eau sur le métal brûlant lors de l'incendie. La société Marion établit donc le devis à 7 millions de dollars. La machine étant assurée par la Lloyd pour 35 millions de dollars, on décide de ne pas réparer le Capitaine. La compagnie United Salvage Co. of Illinois  est sollicitée pour démanteler la pelle et dès 1992 la destruction commence.

Quelles furent les causes du drame ? Miller évoque des hypothèses : " Une théorie était que les chiffons huileux dans la salle hydraulique ont pris feu à partir des étincelles d'un moteur électrique. Selon une autre théorie, une fuite de flexible hydraulique aurait provoqué une brume huileuse, qui aurait pu s'enflammer à cause d'étincelles du moteur ".

La machine, quelques temps avant sa démolition

La machine, quelques temps avant sa démolition

Épilogue

Le Capitaine restera dans la mémoire collective comme l'un des plus extraordinaires engins terrestres. Mais laissons à Gene Miller le soin de conclure en évoquant la mémoire du Capitaine : " Elle était une machine merveilleuse. rien ne pouvait l'approcher quand il s'agissait de la production. Quand je l'utilisais, nous avons régulièrement creusé une fosse complète d'un kilomètre de long d'un bout à l'autre en seulement 10 jours. Nous avons régulièrement enregistré des chiffres de production de plus de 5 352 m3 par heure [...] La moitié de la fosse, où les stériles  atteignent 100 pieds de haut, a été creusé par le capitaine en seulement cinq jours. Quand nous avons pris le relais avec la pelle 5900, cette même section a nécessité 11 jours. "

 

La machine dans les années 70

La machine dans les années 70

Une miniature avec un Caterpillar D11 à la même échelle

Une miniature avec un Caterpillar D11 à la même échelle

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