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GLM C-TP-T- (Camions-TP-Train)

Où il est question de vieux véhicules utilitaires et de rouille !

Armée fantôme et chars en toc : quand vient l'heure du leurre !

Publié le 11 Février 2019 par GLM in Militaire, Histoire

-"Qu'est-ce qui t'arrive Bill ?"-"J'ai crevé une chenille..." -"Je t'avais dit de pas acheter un Ford !"

-"Qu'est-ce qui t'arrive Bill ?"-"J'ai crevé une chenille..." -"Je t'avais dit de pas acheter un Ford !"

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La genèse

Intéressons-nous aux blindés apocryphes, à ces chars en toc, des véhicules utilisés à diverses fins et ce, dès la Première Guerre Mondiale.

 

En effet, l’invention du char factice suit de peu la création de son inspirateur, le char d’assaut, inventé par les anglais pour rompre le front et sortir d’une guerre de position qui n’avait que trop duré. Baptisé tank (réservoir), pour tromper d’éventuels espions ennemis, le char fut vite secondé par de faux engins, le plus souvent en tissu peint, monté sur un cadre en bois. Parfois, l’objet reposait sur des roues, ce qui permettait de le déplacer sans trop de mal en traction hippomobile. Les anglais mais aussi les allemands en produisirent.

 

Dans les deux camps, il s’agissait de reproduction de modèles alliés. On s’accorde à dire que ces faux blindés étaient destinés à l’entrainement des soldats. Il s’agissait de ne pas mobiliser du matériel plus utile au front, sans compter qu’on limitait ainsi les risques de pannes (très nombreuses à l’époque !) et la consommation de carburant ou l'usure. Ceci est particulièrement vrai pour les allemands qui ne disposaient que d’un tout petit nombre d’engins et avaient tout intérêt à bien préparer leur infanterie à faire face aux Mark IV et autre Renault FT17.

Ce char en roseau trompe son monde : il s'agit d'un faux char anglais construit par de vrais allemands !

Ce char en roseau trompe son monde : il s'agit d'un faux char anglais construit par de vrais allemands !

Les développements de l'entre deux guerres

Dans l’entre deux guerres, les allemands ont beaucoup utilisé cet outil pour s’entraîner. Le traité de Versailles leur interdisait la fabrication d’engins de combat lourds et ce sont ces jouets en tissu et bois qui ont posé les premières bases de l’entraînement de l’armée, sous l’œil volontiers goguenards des observateurs alliés qui s’amusaient (à tort !) de ces bricolages. Ces chars factices étaient pour certains montés sur le châssis d’une automobile ou d’un camion léger, ce qui permettait de simuler la mobilité de l’arme blindée. Quelques chevrons, un peu de tissu peint, un canon en bois et le tour était joué !

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Des soldats allemands et un faux char, 1925

Des soldats allemands et un faux char, 1925

-"Poussez les gars... on sent déjà que ça tire mieux !"

-"Poussez les gars... on sent déjà que ça tire mieux !"

Un faux blindé en Allemagne durant l'entre deux guerres

Un faux blindé en Allemagne durant l'entre deux guerres

1939-1945

L’usage de faux chars s’est développé au cours du second conflit mondial et cette fois avec un nouvel usage : la tromperie. Faire croire à l’ennemi qu’il fait face à des forces bien plus nombreuses qu’en réalité peut avoir des avantages certains ou le tromper sur les intentions que l'on a.

 

Par exemple, on peut le dissuader d’attaquer à tel endroit en lui faisant croire qu’une force blindée importante l’attend. On peut aussi chercher à disperser ses forces. On connaît le concept de « flotte en vie » utilisé par les stratèges de la marine. Une flotte même confinée dans un port et n’ayant aucune activité militaire conserve une valeur stratégique car elle oblige l’adversaire à immobiliser des forces pour parer une éventuelle attaque. Un ensemble de chars en bois peut donc jouer un rôle de « colonne blindé en vie factice » car l’ennemi devra prendre en compte ce qu’il imagine être une force susceptible d’attaquer.

 

On peut aussi attirer l’attention de l’adversaire sur un lieu pour qu’il ne voit pas un mouvement militaire à l’exact opposé. Une autre utilisation est de remplacer de vrais chars par des maquettes pour cacher le déplacement d'une unité. Enfin, ça peut permettre de « gaspiller » les bombes d’une escadrille qui, s’ingéniant à casser des chars en toc, ne pourra pas agir contre les vrais engins stationnés ailleurs. Du reste, par un effet de miroir, on peut déguiser un véritable char d’assaut en camion pour le soustraire à l’attention de l’ennemi.

 

Il semble que l’idée d’utiliser le char factice comme leurre est à  mettre au crédit des anglais, peut être parce faute de chars en assez grand nombre (sans parler de la qualité...), il fallait compenser d’une manière ou d’une autre ?

 

Entre avril et juin 1941, trois divisions de faux chars ont été construites et déployées sur le théâtre d’Afrique du Nord. Les leurres étaient pliants et montés sur des jeeps qui leur conférait une bonne mobilité à défaut de réalisme (pas de trace de chenilles, vitesse trop élevée).

 

Plus tard, on utilisa des chars gonflables, qui en dépit de leur fragilité offrait bien des avantages en termes de logistique. En 1944, les britanniques déployèrent 162 chars factices dont la moitié fut détruite par les éclats de mortiers allemands ou par les bombardements alliés. Quand on sait  que le souffle des bombes peut retourner un Tigre de 68 tonnes, on imagine le résultat sur des baudruches même bien arrimées !

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Un soldat allié inspecte une maquette allemande

Un soldat allié inspecte une maquette allemande

Ce char aurait été construit par les allemands et retrouvé à Besançon. Etonnament, il représente un char soviétique T-34. Est-ce plutôt une prise de guerre allemande ? Un engin utilisé pour l'entraînement ?

Ce char aurait été construit par les allemands et retrouvé à Besançon. Etonnament, il représente un char soviétique T-34. Est-ce plutôt une prise de guerre allemande ? Un engin utilisé pour l'entraînement ?

Ca débarque !

 

Durant les préparatifs de l’opération Fortitude, les alliés utilisèrent de faux chars pour conforter les nazis dans l’idée que le débarquement se ferait depuis le Pas de Calais. L’utilité de cette mesure fut contestée, car les allemands ne bénéficiaient plus d’avions de reconnaissance en grand nombre et il est probable que ces efforts furent vains. Restent que des agents doubles ont pu transmettre l’information à Berlin.

 

Les soviétiques et les japonais utilisèrent aussi de telles méthodes. Sur une île du Pacifique, on trouva un char sculpté par des soldats nippons dans la cendre volcanique.

Un char anglais, aux airs de Churchill, fait le plein.

Un char anglais, aux airs de Churchill, fait le plein.

Quatre M4 gonflables et un camion dans un vallon. Même à courte distance, l'illusion fonctionne.

Quatre M4 gonflables et un camion dans un vallon. Même à courte distance, l'illusion fonctionne.

Question de réalisme

Si la mise en scène doit être crédible, tout est bon pour renforcer le réalisme. On utilise donc des tracteurs chenillés pour simuler les traces de passage des blindés. On place de vraies munitions à côté de faux canons, on les associe à des filets de camouflage.

Mais l'idéal est d'avoir l'image et le son ! L'armée étasunienne utilisera même un système de sonorisation monté sur un semi-chenillé M3 pour faire entendre les chars aux forces de l'Axe. Des séquences de 30 min enregistrées avec du matériel haut de gamme étaient audibles à 24 km dans le meilleur des cas. Des émissions radios étaient envoyées pour parfaire l'illusion.

La sonorisation portait à 24 km dans de bonnes conditions !

La sonorisation portait à 24 km dans de bonnes conditions !

De faux chars stationnés près du Rhin. Un grand soin a été porté au réalisme. Un tracteur chenillé a permis de laisser des traces véritables. Les maquettes pèsent 42 kg chacune.

De faux chars stationnés près du Rhin. Un grand soin a été porté au réalisme. Un tracteur chenillé a permis de laisser des traces véritables. Les maquettes pèsent 42 kg chacune.

L'armée fantôme

En janvier 1944, l'US Army a créé une véritable armée fantôme destinée à égarer l'ennemi. Cette unité  forte de 1100 hommes faisait appel à des artistes, architectes, inventeurs pour créer des leurre visuels et sonores. Elle usurpait le plus souvent le nom d'une véritable armée et citée dans de fausses conversations radio, elle semait la confusion.

Ainsi, avec l'opération Viersen, mobilisant de faux chars, camions, canons ou avions, les alliés ont réussi à faire converger de nombreuses troupes allemandes vers un point en bord du Rhin, à des kilomètres du lieu véritable de l'attaque : gaspillage de temps et d'essence pour les allemands.

Un M4 en toile utilisé par l'armée fantôme

Un M4 en toile utilisé par l'armée fantôme

Un canon dûment arrimé, pour faire face au vent.

Un canon dûment arrimé, pour faire face au vent.

Les périodes moderne et contemporaine

Lors de la guerre du Kosovo, les forces yougoslaves utilisèrent des leurres pour tromper les forces de l’Otan sur le nombre réel de chars détruits.

Les États-Unis ont créé un faux char Abrams qui reproduit même sa signature thermique. De plus, l’engin brûle quand il est touché, tout en semblant être encore opérationnel, ce qui retarde d’autant l’avance de l’ennemi. Un leurre pèse 15 kg, tient dans un sac de sport et ne coûte que 3300 dollars à comparer aux 4,5 millions pour un vrai M1. Un vrai char peut du reste embarquer un leurre que l'équipage pourra utiliser pour se sortir d’une situation difficile.

 

Dans une période plus proche, L’État Islamique a déployé des maquettes de T-72 en bois pour détourner les bombardements alliés.

 

 

Des russes avec un faux T-72

Des russes avec un faux T-72

Et un camion érecteur de missiles

Et un camion érecteur de missiles

Épilogue

Le char leurre s'inscrit dans un ensemble plus vaste de techniques visant à tromper l'ennemi. En voici quelques unes :

-Durant la première guerre mondiale, des français ont, en une nuit, démonté pierre à pierre une petite chapelle qu'ils ont remonté quelques dizaines de mètres plus loin. Comme les artilleurs allemands réglaient leurs outils de visé en utilisant la chapelle comme point de repère, durant plusieurs jours, le temps de comprendre l'erreur, ils ont tiré systématiquement à côté des lignes française.

-Lors de son débarquement en Afrique, Rommel fit un défilé avec l'Afrika Korps, dans le but d'impressionner les observateurs. En fait, les véhicules faisaient le tour du pâté de maisons et repassaient plusieurs fois, donnant l'impression d'une force très conséquente. On sait que lors des attaques, le "Renard du désert" utilisait parfois des véhicules pour soulever de la poussière et donner l'illusion d'une armée nombreuse.

-Plus surprenant, en 1917, le gouvernement français entreprit des travaux en vue de construire un faux Paris, afin de détourner les bombardements allemands. Le lieu choisi était le nord de Villepinte, près de Maisons-Laffitte. Un bras de la Seine, la place de l’Opéra, celle de l’Étoile entre autres devaient être reproduites, ainsi qu'une ligne de chemin de fer. Le chantier ne fut jamais terminé, la fin des hostilités ayant mis fin aux travaux.

Un article sur le leurre de Paris :

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/11/03/leurre-un-faux-paris-construit-pour-detourner-les-bombardements-allemands-en-1917/

Le Sherman ne devrait-il pas être reclassifié en char léger ?

Le Sherman ne devrait-il pas être reclassifié en char léger ?

Un Pershing version maquette 1:1

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Un Stuart de pacotille en 1942

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Un peu de viagra peut être ?

Un peu de viagra peut être ?

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