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GLM C-TP-T- (Camions-TP-Train)

Où il est question de vieux véhicules utilitaires et de rouille !

Machines extraordinaires : Schwerer Gustav

Publié le 12 Septembre 2018 par GLM in Militaire, Histoire

Machines extraordinaires : Schwerer Gustav
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La genèse

Dans les années 1930, Adolf Hitler nourrit de sombres projets. Entre autres folies, il se propose d'envahir la France, mais la ligne Maginot, construite à partir de 1928 constitue un épineux problème. Comment détruire ces fortifications que certains disent infranchissables ?

Décision est prise d'étudier des canons de très gros calibres, capables d'écraser les forts français comme le Hochwald, le Four à Chaux ou le Schoenenbourg. Il faut dire que l'armée allemande a perdu la précédente guerre et veut absolument éviter une guerre de positions. Or, l'Allemagne a déjà une solide expérience en la matière, avec la Grosse Bertha et le Canon de Paris (Pariser Kanonen). Trois projets sont mis à l'étude et c'est le modèle intermédiaire qui est retenu : une pièce de 800 millimètres qui portera le nom de Schwerer Gustav (Le Lourd Gustave) en hommage au fondateur de la firme Krupp AG qui produit les canons. Deux pièces ont été commandées et construites entre 1936 et 1941, mais la seconde ne sera jamais utilisée, faute de cible valable.

 

Le canon sur ses voies en épi courbe permettant son orientation

Le canon sur ses voies en épi courbe permettant son orientation

Les caractéristiques

Les dimensions de ces canons géants dépassent l'entendement et aucune autre pièce d'artillerie ne peut rivaliser. A sa mise en service, le poids de Schwerer Gustav avoisine les 1350 tonnes. Son affut est monté sur des chariots ferroviaires qui reposent par le biais de 80 roues sur deux voies parallèles. Celles-ci sont courbes, pour permettre l'orientation du canon en azimut.

La munition mesure 3,75 mètres de long et 80 centimètres de diamètre. Elle tare entre 4,8 tonnes (obus explosif) et 7,1 tonnes (!) (obus perforant). La portée de tir est de 38 à 48 kilomètres selon le type de munition utilisé ! L'obus perforant peut pénétrer 1 mètre d'acier, entre 7 et 10 mètres de béton, selon sa conception et 30 mètres de terre. Il faut environ 45 minutes pour charger la pièce et faire feu. Le réglage, le calcul de la position de tir prennent du temps. Il ne faut alors pas oublier de se protéger les oreilles sinon les tympans explosent. La vitesse du projectile est de 820 mètres par seconde en sortie de canon. Celui-ci, à âme rayée et construit en deux parties, mesure 32,48 mètres et doit être rectifié tous les 300 tirs en raison de l'usure. 

Le transport, quant à lui, impose de démonter entièrement la pièce dont la longueur totale dépasse les 47 mètres. Il nécessite 25 wagons de marchandises, sans compter les munitions et le personnel. Le montage requiert beaucoup de temps et de main d’œuvre : le terrassement occupe 2500 hommes durant 3 à 6 semaines. La terre retirée est placée autour du canon, de manière à le recouvrir d'un filet de camouflage. Puis, l'assemblage est réalisé en 54 heures par 250 hommes. Enfin, 500 soldats sont dévolus à sa protection anti aérienne. L'ensemble de ces servants est sous le commandement d'un colonel.

Pour déplacer la pièce sur son pas de tir, on utilise des locomotives D311 articulées, spécialement produites par Krupp à cet effet. Chacune dispose d'un moteur Man de 940 chevaux. La 311 fournit également l'énergie électrique au canon. Des voies ferrés sont placées derrière la pièce pour acheminer les munitions, qui sont ensuite introduites dans la culasse par un bélier hydraulique.

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La pièce en cours d'assemblage. On voit la locomotive D311
La pièce en cours d'assemblage. On voit la locomotive D311

La pièce en cours d'assemblage. On voit la locomotive D311

Le chargement. L'obus est à gauche et l'étui avec les sacs de poudre à droite

Le chargement. L'obus est à gauche et l'étui avec les sacs de poudre à droite

L'engagement de Sébastopol

Les Schwerer Gustav sont livrés en 1941, après l'invasion de la France. Laissé sans usage, car la ligne Maginot n'était alors plus qu'un mauvais souvenir, on a par la suite l'idée de l'utiliser durant l'opération Barbarossa, contre les forts de Sébastopol. Cette pièce est alors surnommée Dora par les artilleurs. Elle est donc acheminée en Crimée durant le mois de février 1942 après la construction de 3,2 kilomètres de voies ferrées pour le pas de tir.

A cette occasion et pour son seul engagement militaire, le canon tira 48 projectiles (il avait précédemment tiré 250 coups durant la campagne d'essai). Ceux-ci détruisirent un dépôt de munitions souterrain soviétique, sous 30 mètres de rochers et de béton. L'onde de choc coula au moins un navire amarré à proximité.

D'autres fortifications ont été prises pour cibles. Parmi elles, le fort Staline fut détruit en 6 coups portés à 25 kilomètres de distance, le fort Sibérie succomba à 5 coups.

Dora fut ensuite mise en batterie devant Stalingrad, mais les tirs furent annulés. Notons que Krupp fit cadeau du premier exemplaire en signe d'allégeance au Reich. En décembre 1942, Krupp étudie la fabrication d'une forteresse géante, sous forme d'un char d'assaut avec le canon de 80 centimètre pour armement principal ; c'est le Landkreuzer. On l'imagine mouvoir ses 1500 tonnes à 15 km/h à l'aide de 4 moteurs Man de 2150 ch. Cet engin insensé ne verra pas le jour.

En 1943, Dora fut assemblé après avoir été amélioré et tira 3 coups d'essai en présence du Führer. En novembre de la même année, on projette de bombarder l'Angleterre à l'aide d'une version plus longue (Länger Gustav) prévue pour une portée de 60 kilomètres. Heureusement la pièce ne sera jamais achevée, elle sera endommagée durant sa fabrication dans l'usine Krupp à Essen.

19 mars 1943, Schwerer Gustav est présenté à Hitler, en compagnie d'Albert Speer, ministre de l'armement.

19 mars 1943, Schwerer Gustav est présenté à Hitler, en compagnie d'Albert Speer, ministre de l'armement.

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Prêt pour le tir

Prêt pour le tir

Épilogue

Mobilisants d'énormes moyens humains et désormais sans cibles à leur mesure, les deux exemplaires de Schwerer Gustav furent ensuite remisés en pièces en différents lieux à travers l'Europe, avant d'être détruits lors de l'avancée alliée, pour empêcher leur capture.

Derniers avatars de l'artillerie de siège, de telles armes ont été rendues totalement obsolètes par les missiles. Déjà, durant la Seconde Guerre Mondiale, elles suscitèrent de fréquentes réticences en Allemagne ; de nombreux militaires estimaient que  l'étude et la construction de ces pièces d'artillerie avait consommé des moyens colossaux qui auraient pu être mieux utilisés, sans même prendre en compte leur coût d'utilisation. A ce titre, elles font partie de ces armes de la démesure, chères à Hitler, mais oiseuses, à l'instar du char Mauss ou des fusées V2.

Des soldats alliés posent en compagnie de la munition

Des soldats alliés posent en compagnie de la munition

Les reliques des deux canons après sabotage. Dora le 14 avril 1945 et le second Gustav cinq jours plus tard.
Les reliques des deux canons après sabotage. Dora le 14 avril 1945 et le second Gustav cinq jours plus tard.

Les reliques des deux canons après sabotage. Dora le 14 avril 1945 et le second Gustav cinq jours plus tard.

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